L'histoire de Upper Fort Garry

L’histoire du fort est empreinte d’intrigue, de conflits et d’espionnage. Toutefois, le fort joue aussi un rôle prépondérant dans la paix et l’unité. Des révoltes et insurrections à l’entrée du Manitoba à titre de la cinquième province dans la Confédération, les racines de notre province sont profondes sur ce lieu.

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Tableau de Upper Fort Garry, vers 1845

Upper Fort Garry est le centre administratif de la Terre de Rupert, un énorme empire commercial dont le territoire correspond au bassin hydrographique de la baie d’Hudson et englobe, selon la géographie contemporaine, la région centrale du Canada actuel et descend jusqu’au sud en Oregon.

Tableau de peuples autochtones dans les plaines

Des fouilles archéologiques ont révélé que des peuples autochtones du nord, du sud et de l’ouest campaient et faisaient le commerce au confluent des rivières Rouge et Assiniboine il y a 3000 ans. Les rivières servaient d’autoroute à l’époque et, au cours des siècles, il y eut des rencontres à La Fourche, y compris la Grande rencontre de la paix il y a 700 ans.

Passons au XVIIIe siècle qui voit l’arrivée de La Vérendrye présageant ainsi l’avènement du commerce de la fourrure au Manitoba.

Faisons en premier lieu deux détours. D’abord à Londres en 1670. Le prince Rupert et un groupe d’investisseurs se voient octroyer la charte royale et des pouvoirs étendus, incluant les droits de commerce sur les terres dont les cours d’eau se jettent dans la baie d’Hudson.

Le point d’intérêt est York Factory, puisque les commerçants ne s’aventuraient guère à l’intérieur des terres.

Le deuxième détour se fait à Montréal en 1779, année de la formation de la Compagnie du Nord-Ouest. Cette dernière ouvre les chemins du commerce par la voie des Grands Lacs pour se rendre dans l’Ouest. La compétition fait en sorte que les deux compagnies se dépassent l’une l’autre pour avancer plus loin dans l’intérieur des terres et y ériger de nouveaux postes de traite.

En 1810, la Compagnie de la Baie d’Hudson et la Compagnie du Nord-Ouest ont toutes les deux des postes de traite au confluent des rivières Rouge et Assiniboine. La concurrence perpétuelle entre les deux compagnies contribue à une baisse de profits et à cette époque, une prise de contrôle hostile consiste à prendre les armes plutôt que de passer au vote par procuration.

Fort Garry lors de l’inondation en 1826

En 1821, les deux compagnies fusionnent et le premier Fort Garry en devient le siège social. En raison d’une inondation dévastatrice survenue en 1826, on construit un nouveau poste, Lower Fort Garry, plus en amont de la rivière. Et, comme on dit dans l’immobilier et la traite de fourrures, c’est l’emplacement qui compte!

Upper Fort Garry vers 1840

Pour assurer une présence à la plaque tournante du transport qu’est La Fourche, George Simpson, gouverneur de la CBH, décide de faire construire Upper Fort Garry en 1836. Il voit une structure imposante qui reflétera le pouvoir et la permanence de la compagnie qui s’étend sur un territoire dont la superficie dépasse celle de l’Europe. Le fort carré aux murs de pierre mesure environ 80 mètres de largeur, est entouré de murs de cinq mètres de hauteur et comporte des bastions à ses angles. Le fort impressionnant déclare ouvertement la dominance de la compagnie sur la vie des habitants de la Terre de Rupert.

À l'intérieur de Upper Fort Garry

Dans l’enceinte des murs, on élève plusieurs bâtiments : la maison du gouverneur, les quartiers du personnel de la CBH, le magasin de commerce et les entrepôts pour les fourrures et le pemmican. Le besoin pour le pemmican donne lieu à la chasse au bison annuelle : les Métis de la rivière Rouge se déplacent vers l’ouest, jusqu’au centre de l’Alberta, pour chasser les bêtes dont la viande servira aux besoins des brigades des pelleteries.

Tableau de Upper Fort Garry, la plaque tournante du transport

Le fort est le centre administratif de la compagnie et devient également le siège du Conseil d’Assiniboia formé de conseillers du gouverneur de la CBH et du gouvernement de facto de l’époque. Le fort sert aussi de centre social pour la colonie qui prend de l’ampleur dans la vallée de la rivière Rouge, et qui comprend les pionniers de Selkirk, les Métis, les commerçants de fourrures à la retraite et le milieu des affaires de Winnipeg du côté nord du fort.

Dans le but de contrer une expansion américaine éventuelle en 1846, le gouvernement britannique poste au fort le 6e Régiment de Fantassins.

Le fort devient surpeuplé avec l’arrivée des 246 troupes et officiers. On apporte plusieurs modifications provisoires au fort et on construit des bâtiments au nord du mur existant.

À l'intérieur de Upper Fort Garry

Les troupes régulières sont remplacées par les Chelsea Pensioners (d’anciens soldats et leurs familles) qui, en général, établissent des propriétés familiales tout en jouant le rôle d’une milice non officielle. Le fort est encombré et, par conséquent, on dresse des plans pour l’agrandir de deux fois, l’étendant vers le nord. Les nouveaux murs sont construits de planches de bois espacées d’un mètre les unes des autres et dont les intervalles sont remplis de terre très tassée. Seule la porte nord est constituée de pierre.

La Maison du gouvernement à l’intérieur de la porte nord

L’inondation survenue en 1852 interrompt la construction, mais en 1856 on termine le complexe. L’ancienne maison du gouverneur devient celle de l’intendant et on érige une nouvelle résidence destinée au gouverneur (Maison du gouvernement) ainsi que d’autres bâtiments.

Le Conseil d’Assiniboia assume la responsabilité du gouvernement de la Terre de Rupert, mais dans les faits, c’est le gouverneur de la Compagnie de la Baie d’Hudson qui prend la plupart des décisions. Celles-ci sont fondées seulement sur l’économie et souvent les gens s’irritent de subir l’autorité indûment rigoureuse de la compagnie.

En 1869, a lieu le transfert de la Terre de Rupert de la juridiction de la CBH à celle du Canada au prix de 300 000 livres. De plus, la CBH conserve les postes de traite, le monopole du commerce et une parcelle de terrain adjacente à chaque poste ainsi que des concessions de terre généralisées. La parcelle de terrain de la Colonie de la Rivière-Rouge comptait plus de 1000 hectares qui s’étendaient de la rivière Assiniboine vers le nord jusqu’à l’avenue Notre Dame, et de la rivière Rouge vers l’ouest jusqu’à Colony Creek (à l’ouest du terrain actuel du Palais législatif).

Louis Riel et ses conseillers

Ni la CBH ni le gouvernement du Canada ne consultent le peuple de la Rivière-Rouge. Ils ne lui assurent pas non plus que ses droits de propriété foncière seront respectés. En conséquence, les habitants se rallient autour de Louis Riel, ce qui met en mouvement les événements qui mènent à l’établissement du gouvernement provisoire du Manitoba, situé au fort, et plus tard à la rébellion de la rivière Rouge dirigée par Louis Riel.

Upper Fort Garry après le démantèlement du mur est

En raison d’un afflux constant de colons et du nombre croissant de commerces dans l’Ouest, le pouvoir de la compagnie est diminué. Des fonctions se voient affectées à l’extérieur du fort et quelques-uns des bâtiments sont démantelés.

Il ne reste que la porte d'entrée de Upper Fort Garry

Le début de la fin a lieu en 1883 lorsque le mur est est démoli dans le but de refaire la rue Main. Peu après, le reste des bâtiments et des murs sont démantelés et on prend le calcaire pour ériger des bâtiments à Winnipeg. La Maison du gouvernement est vendue à 100 $ et transformée en bois de chauffage.

La CBH désigne la porte d'entrée du fort comme un parc public

Il ne reste que la porte d’entrée et, en 1897, après beaucoup d’actions revendicatrices de la part des habitants, la CBH fait un présent de la porte et du terrain qui l’entoure à la Ville de Winnipeg « en tant que parc public pour tous les temps ».

Tableau chronologique

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